Le jour où la Terre s’arrêtera

Des journées brûlantes succédant à des nuits glaciales, des villes submergées par l’océan tandis que d’autres sont abandonnées à cause de la raréfaction de l’air… Si la Terre cessait de tourner, les conséquences seraient dramatiques, menant l’humanité au bord de l’extinction totale.
Dans cet article, nous allons imaginer un ralentissement progressif à court terme de la planète au niveau de la biosphère, ainsi que ses conséquences au final sur la géographie, la faune/flore, et l’homme.

 

Partie I : De l’origine du ralentissement à l’arrêt total de la Terre

Depuis leur formation il y a 4,5 milliards d’années, les planètes du Système solaire tournent sur elles-mêmes (comme la grande majorité des planètes et étoiles). Malgré un très léger ralentissement au fil du temps (2 s tous les 100 000 ans), la Terre tourne toujours à la vitesse impressionnante de plus de 1600 km/h à l’équateur.
Pour cette expérience, il faut mettre un gros coup de frein magique à cette rotation, provoquant son arrêt total en 5 ans. Quelles seront les conséquences sur les océans ? Les continents ? Et surtout… sur nous ?

 

Jour 1 – Durée d’un jour : 24h (vitesse de rotation de la Terre : – d’1km/h de perdu par rapport à la normale.)

Le changement est à peine perceptible, et pourtant, les conséquences sont déjà importantes : les systèmes GPS sont détraqués, car ces appareils de navigation déterminant la position des appareils sont reliés à des satellites. Le temps, calculé par des horloges atomiques au sol et dans les satellites, n’est pas modifié, mais les systèmes au sol communiquant avec ceux-ci ne se trouvent plus aux endroits prévus. Les systèmes GPS ne s’adaptent pas à ce changement brutal.
Conséquence : les GPS font atterrir les avions loin des aéroports, mettant en danger des centaines de milliers de vie.

Pour les humains, un changement aussi léger n’est pas visible. Mais à force, quelques secondes décalées d’un jour à l’autre, se cumulant et s’allongeant, feront que nous nous retrouverons en pleine nuit à 9h du matin, ou avec un grand soleil à minuit.
Nous sommes habitués à avoir des journées de 24 h. Mais si la Terre ralentit, les journées rallongent : notre système temporel ne serait plus adapté et nous perturberait gravement, au niveau économique et personnel.

Après 2 semaines, un autre problème survient : les océans. Du fait de sa rotation, la Terre est plus bombée à l’équateur qu’aux pôles (par l’effet centrifuge). Mais si la rotation diminue, cet effet s’atténue aussi, et l’eau s’adapte à ce changement. Plus d’1 milliard de mètres cubes d’eau se déplacent de l’équateur vers les pôles, entraînant une hausse du niveau de la mer à ces endroits.

3 mois après le début du ralentissement, les effets se font ressentir dans les régions nordiques, comme l’Arctique canadien, où l’eau déferle sur les rives puis dans les terres.
Et l’eau n’est pas la seule à se diriger vers le nord ou le sud : l’atmosphère était elle aussi soumise à l’effet centrifuge, et a suivi la migration de l’eau. Dans les villes proches de l’Equateur et des tropiques (Rio, Miami, Singapour…), on a de plus en plus de mal à respirer.
C’est aussi valable pour ceux qui vivent en altitude (ou pour les adeptes d’escalade, comme au Colorado) : à 1500 m, ils ont l’impression d’être à 4500 m. L’être humain peut ressentir les effets du mal de l’altitude à moins de 2500 m. Et au-dessus de 5000 m, sa vie est en danger.

 

Jour 120 – Durée d’un jour : 27h 48min (vitesse de rotation de la Terre : 225 km/h de moins que sa vitesse initiale)

Les journées de presque 28 h (2h de clarté et 2h d’obscurité supplémentaires) dérèglent grandement notre horloge biologique interne, mais il n’y a pas mort d’homme.
A ce moment surviennent de graves séismes à des endroits insoupçonnés : cela est causé par les frottements entre les différentes couches de la Terre (noyau solide, manteau liquide, croûte solide), tournant maintenant à des vitesses différentes. De profondes fissures dans le plancher océanique dégagent une chaleur intense, tuant des énormes quantités de poissons.

Les océans continuent à se diriger vers les pôles : l’océan Arctique voit sa profondeur passer d’environ 4500 m à plus de 13000 m. Les mers peu profondes comme la Manche s’assèchent à mesure que l’eau se déplace. La Grande-Bretagne et l’Irlande se retrouvent rattachées par la terre ferme au reste de l’Europe.

terrestop1
Le Brexit n’aura servi à rien, au final.

La mer se recule aussi à Miami, où les plages se retrouvent à l’intérieur des terres. Cuba et la Floride sont aussi reliées par voie terrestre. Le Mexique s’est étendu d’un tiers de sa superficie.

terrestop2
« Putain de chicanos… » – Trump

L’air suit lui aussi le mouvement, et il rejoint de plus en plus les tiers supérieurs et inférieurs du globe. L’air devient trop raréfié entre ces zones : de grandes villes comme Mexico ou Bangkok sont condamnées.
Les états du sud ou à plus basse altitude des Etats-Unis sont aussi touchés : Kansas, Nebraska, Oklahoma, Texas, . A Denver, la pression de l’air est si faible qu’on a l’impression d’être en train de respirer à mi-hauteur de l’Everest.

L’eau envahit le nord et l’air devient irrespirable au sud. Seule une petite bande au centre du pays reste habitable.

terrestop3
« Les Mexicains ! Ils nous envahissent ! » – Trump affolé

Des millions de personnes venant des zones condamnées par l’eau ou le manque d’air migrent vers cette zone, mais les séismes et les volcans en éruption ont détruit les routes et les voies ferrées du Mid-West.
Pendant ce temps, les grandes villes côtières (telles New York, Boston ou Halifax (Québec)) voient leur accès à l’eau privé par le retrait des océans.

terrestop4
Au moins, la Statue de la Liberté aura les pieds au sec.

L’Australie et l’Indonésie se sont réunies en un nouveau continent, et la côte peu profonde de l’Asie n’a plus rien d’une côte : des ports importants (comme Hong Kong) sont asséchés, et le transport maritime est paralysé aux 4 coins du monde.

 

1 an – Durée d’un jour : 30 h (+ de 340 km/h de moins que sa vitesse initiale)

Si les mers peu profondes autour de l’Europe continentale étaient asséchées il y a quelques mois par la ruée de l’eau vers les pôles, celles-ci sont désormais rattrapées par le gonflement des nouveaux océans : le Royaume-Uni et une grande partie de l’Europe sont maintenant englouties. Des villes historiques comme Londres, Berlin, Moscou… sont sous les eaux.

terrestop5terrestop6
Glou glou glou…

Le Grand Nord canadien a également disparu, mais les métropoles du pays ont résisté : Toronto, Vancouver et Montréal.
Aux Etats-Unis, certains ont réussi à rejoindre la zone habitable. Le Kansas est considéré par les scientifiques comme la zone la plus sûre du pays : aucun risque d’inondation, de l’air à profusion et peu de secousses sismiques. Mais il y a tout de même plusieurs gros problèmes : tout le monde ne pourra être accueilli, en raison de l’absence de livraison de nourriture dû aux routes impraticables. Les survivants devront produire leur propre nourriture, et seront livrés à eux-mêmes, mais ils restent globalement parmi les plus chanceux.

 

2 ans et demi – Durée d’un jour : 124 h (1200 km/h de moins que sa vitesse initiale, soit maintenant 320 km/h)

Des pays entiers sont submergés, tandis que d’autres sont irrespirables.

terrestop7
Poutine devrait investir dans les bouées et les combinaisons de plongée…

Les humains éprouvent de plus en plus de difficulté à vivre et dormir dans un monde où il fait jour pendant plus de 60 heures consécutives. Ils ressentent la même impression qu’un décalage horaire… à part que c’est permanent. Ils souffrent cruellement d’un manque de sommeil chronique : la fatigue engourdit le cerveau : vue embrouillée, augmentation du temps de réaction, manque de contrôle musculaire, perception du monde altérée.

Chez les animaux, c’est également loin d’être la joie. L’allongement des jours provoque la migration de la plupart des mammifères. Les oiseaux migrateurs périssent, n’arrivant pas à gagner le Sud à temps et gelant pendant les longues périodes de froid. Bien d’autres espèces subissent le même sort : les caribous, les papillons monarques, les zèbres… tous sont condamnés à l’extinction dans un futur plus ou moins proche.

Suite au déplacement des océans vers les pôles, un nouveau super-continent émerge au niveau de l’Equateur, dont une partie à partir du plancher océanique. Des groupes de survivants y partent pour repartir à zéro, car leurs chances de survie y sont plus importantes que dans les grandes villes.

 

4 ans – Durée d’un jour : 624 h (vitesse de rotation de la Terre : 60 km/h)

Le Soleil brille maintenant pendant 13 jours consécutifs, suivis de 13 jours d’obscurité. La vie n’est plus déterminée par les saisons, mais par ces cycles de clarté et de chaleur, puis de noirceur et de froid. La nuit, la température tombe à -55 °C. Les villes qui ne sont pas adaptées à ces énormes écarts de température en pâtiront beaucoup (comme les villes du sud, surtout dans des pays pauvres, où de nombreuses maisons n’ont pas de système de chauffage).

Les villes du nord des Etats-Unis ont été englouties par les océans Atlantique et Pacifique qui n’en forment plus qu’un. Des millions de personnes ont péri aux USA et au Canada. A New York, la profondeur de l’eau n’est « que » de 100 m : les gratte-ciels ne sont qu’à moitié submergés. Chicago, la ville la plus au sud de la région des Grands Lacs, se fait finalement engloutir elle aussi, en commençant par les égouts et le métro.

terrestop8
Au moins, ya moins d’embouteillages, maintenant…

La géographie continue à être modifiée.

terrestop9
« Va encore falloir reprendre tout à zéro… » – Un prof de géo désespéré

L’Afrique, l’Australie et l’Amérique du Sud sont inhabitables en raison de la raréfaction de l’air, et de grandes métropoles sont dévastées et désertées. Au niveau de l’Equateur, on a l’impression de respirer à 10 km d’altitude, soit au-delà du sommet du mont Everest.
Mais le nouveau continent équatorial offre certaines zones où l’air est suffisamment dense pour qu’on puisse y respirer.

Pour ceux qui tentent de naviguer jusqu’à cette terre d’accueil, ils doivent faire sans appareil GPS, sans carte maritime (les océans étant en perpétuel mouvement), et avec des vents et tempêtes imprévisibles. Sur la Terre en rotation, l’effet de Coriolis produisait constamment des vents d’est dans l’hémisphère Nord et des vents d’ouest dans l’hémisphère Sud. Mais à mesure qu’elle ralentit, la configuration des vents change de plus en plus. Des anticyclones se forment et balaient la planète, et des tempêtes déchaînées s’abattent sur les océans, pouvant durer des semaines.

 

4 ans et demi – Durée d’un jour : 728 h (vitesse de rotation de la Terre : quelques dizaines de km/h)

Les océans terminent de se positionner aux pôles, en formant deux principaux : un au nord et un au sud. L’eau libérée au niveau des tropiques constitue le super-continent équatorial.

Le Kansas se trouve maintenant sur la côte de la nouvelle mer du nord, profonde de 16 km. Seuls 800 000 km² des Etats-Unis sont habitables, soit moins d’1/10ème de l’ancienne superficie du pays. Les colons se sont créés des installations pour produire leurs aliments, tout en se protégeant des variations extrêmes de température, qui passent de la chaleur accablante au froid sibérien.
L’océan offre les meilleures chances de se nourrir : avec l’inondation des continents, il sont devenus riches en substances nutritives ; les poissons ont de la nourriture à profusion. Les espèces d’eau chaude ont disparu, suite à l’assèchement ou l’inondation des écosystèmes côtiers. La morue, le maquereau ou le thon, des espèces d’eau froide, ont survécu. Ils sont pêchés dans l’océan recouvrant les plaines du Mid-West par les colons nord-américains, sous la canicule ou dans le froid intense, mais cela ne suffit pas à nourrir les colonies trop nombreuses.

Les tempêtes sont maintenant de plus en plus prévisibles ; une rotation ralentie donne naissance à un régime climatique plus stable, mais il y a encore d’importantes variations de températures entre les journées torrides et les nuits glaciales. Ces conditions météorologiques plus stables entraînent une diminution des précipitations, car les vents ne sont plus suffisant pour pousser les tempêtes à l’intérieur des terres. Les pluies occasionnelles doivent être emmagasinées en prévision des longues périodes de sécheresse.
Quant aux colons s’installant sur le super-continent équatorial, leur décision est risquée : ils n’ont accès qu’aux ressources qu’ils ont emmené et à ce qu’ils trouveront sur place, contrairement à ceux qui sont restés sur les anciens continents, où ils ont toujours accès aux anciennes structures. Mais s’ils parviennent à survivre, ils auront accès à la plus vaste superficie de terre habitable de la planète. Les colons profitent des océans, l’une des dernières sources de protéines animales de la planète, exploitent l’énergie éolienne pour générer de l’électricité et le plancher océanique s’assèchant peu à peu, ils pourront bientôt cultiver des champs au bord de l’océan. Mais passer 16 jours consécutifs dans le noir, le froid sibérien et les intempéries dans des abris de fortune sera très difficile.

Ceux qui ont choisi de rester dans les villes non submergées comme Miami font face aux conditions les plus difficiles : électricité, nourriture et eau sont de plus en plus difficiles à trouver. Quand les ressources disponibles seront épuisées, Miami n’aura plus rien à offrir à ses habitants.
Les habitants décidant de partir à la recherche d’une zone moins enclavée et plus proche de l’océan devront faire des milliers de kilomètres.

Sur toute la planète, le confort que procuraient les progrès technologiques est maintenant chose du passé.

 

5 ans – Durée d’un jour : 1 an (vitesse de rotation de la Terre : 0 km/h)

La Terre a totalement cessée de tourner. Les océans, l’atmosphère et le climat ne connaissent plus de changement. Il y a un super-continent entourant le centre de la planète, et deux océans partent des pôles jusqu’aux latitudes moyennes. Toutes les terres à proximité de l’équateur sont privées d’air. Plus de la moitié des terres du nouveau continent sont inhabitables, étant trop élevées au-dessus du niveau de la mer.
La Terre ne tourne plus sur elle-même, mais est toujours en orbite autour du Soleil : il fera jour la moitié de l’année et nuit l’autre moitié. Sous les rayons de notre étoile, la température grimpe jusqu’à 55°C, et tout est balayé par des vents violents.
Mais dans les régions exposées moins directement au Soleil, les conséquences sont moins meurtrières. Sur le nouveau super-continent près d’Hawaii, il pleut à torrents pendant un mois, ce qui fournit assez d’eau pour le reste de l’année.

Les habitants du Kansas comprennent maintenant qu’avec le climat stable d’une Terre immobile, il ne pleuvra plus jamais chez eux, car il n’y a plus de vent. Ils ne peuvent pas dessaler l’eau de l’océan en raison de l’absence de système électrique. Ils sont condamnés.

La nuit, la température chute sous les -55 °C, soit 20 degrés de moins que l’hiver arctique moyen. Les nouveaux océans polaires gèlent, et demeurent gelés à l’année.

6 milliards et demi d’êtres humains ont péri. Quelques rares groupes de rescapés survivent dans les derniers endroits où il est possible de respirer et de survivre. Le cycle d’obscurité et de lumière, de froid et de chaleur, d’humidité et de sécheresse a reconfiguré la planète entière.
Cette simulation montre l’impact colossal qu’aurait un événement affectant notre planète (a priori non meurtrier, contrairement à une météorite) aurait sur la vie des centaines de milliards d’êtres vivants qui la peuplent, et à quel point l’équilibre de la vie sur Terre est précaire.

 

terrestop10
Le visage final de la Terre.

 

 

Partie II : la vie sur une planète à l’arrêt

Maintenant qu’il n’y a plus de changements majeurs sur la Terre, nous pouvons résumer les différents points qui constitueront désormais la norme sur notre planète à l’arrêt.

 

Cycle jour-nuit :

La Terre a désormais une vitesse de rotation nulle. Attention : elle n’a pas une rotation synchrone avec le Soleil -> elle ne lui montre pas la même face, car il faudrait pour cela que sa période de révolution soit égale à sa période de rotation (comme la Lune avec la Terre). En clair, ce serait le cas seulement si la Terre tournait sur elle-même en 1 an au lieu de 24 h. Or, dans notre cas, elle n’a aucun mouvement de rotation : elle montre toute sa surface au fur et à mesure de sa révolution autour du Soleil.

A gauche : rotation synchrone  ;  A droite : aucune rotation

Le jour fait donc 6 mois et la nuit 6 mois, comme nous l’avions vu dans la 1ère partie. Le Soleil se lève désormais à l’ouest et se couche à l’est (en raison du sens de révolution de la Terre autour de notre étoile).

34890914-l-illustration-montre-un-tour-de-la-terre-autour-du-soleil-la-r-volution-les-d-buts-des-saisons-banque-dimages
Désolé pour les trucs en surimpression dégueulasses.

 

Géographie, reliefs et atmosphère :

On peut résumer simplement la situation par : plus on est près des pôles, plus il y a d’air et plus les océans sont profonds ; plus on est près de l’équateur, plus moins il y a d’air et plus les terres sont élevées.

Je ne sais pas la profondeur qu’auraient les océans au niveau des pôles (sûrement plusieurs dizaines de km). En revanche, je peux vous dire que le fond des océans près de l’Equateur est désormais plus haut que les sommets des Alpes ou des Pyrénées (qui font en moyenne 2500 m d’altitude). L’Equateur lui-même touche le sommet de la troposphère et émerge dans la stratosphère, où l’air est tellement rare qu’il n’est pas possible d’y respirer.

Troposphère : 1ère couche de l’atmosphère (0 à 10 km) ; les phénomènes météo s’y produisent et les avions y volent.
Stratosphère : 2ème couche de l’atmosphère (10 à 50 km) ; elle contient la majeure partie de la couche d’ozone (90 % de l’O3 s’y trouve).
(les 2 dernières couches sont la mésosphère (50 à 85 km ; il y fait -100°C et la plupart des météorites s’y consument) puis la thermosphère (85 à 640 km ; la température peut atteindre les 1 500 °C, mais la pression atmosphérique est très faible. On y trouve les aurores boréales vers 100 km et la station spatiale internationale y orbite entre 350 et 400 km). Au-delà de la ligne de Kármán, à 100 km d’altitude, l’atmosphère se confond lentement avec l’espace.)

Si la Terre était parfaitement ronde, l’air autour de la planète formerait un circuit entre le centre de la face éclairée (oscille entre le nord et le sud de l’équateur, vu que la Terre est inclinée, ce qui provoquait les anciennes saisons) et le centre de la face dans l’obscurité, comme le circuit de convection d’une casserole.
L’air chaud s’élève et part vers le côté froid, où il se refroidit (logique) car il est en altitude et la température a chuté bien en-dessous du zéro même au niveau du sol. L’air maintenant froid revient vers le côté ensoleillé et se charge en vapeur d’eau et se réchauffe au dessus de l’océan. Il remonte ensuite dans le ciel, et produit des nuages quand l’eau se condense : ce sont des stratocumulus, porteurs de violents orages. Un cyclone géant entouré de pluies diluviennes suit alors l’endroit de la planète à l’aplomb du Soleil.
Ainsi, l’air jouant d’un côté le rôle de radiateur et de l’autre celui de réfrigérateur, les écarts entre les 2 faces de la Terre seraient adoucis : on serait sur du +35°C à -35°c, il me semble.

terreconvection
Sur ce formidable schéma fait sur Paint en 10 min, on a en bleu l’air froid et sec venant du côté dans l’ombre devenant au fur et à mesure de l’air chaud et humide. La zone en jaune est la plus éclairée par le soleil, et les rencontres entre air chaud, air froid, et nuages d’orages produirait un très sale temps se baladant lentement au fil du temps de l’ouest vers l’est.

MAIS

la Terre n’est pas ronde ; elle est ellipsoïde.

La Terre sans son eau a la forme d’une patate.

Comme on l’a vu plus haut et répété plusieurs fois, elle a un « bourrelet » au niveau de l’équateur causé par des milliards d’années de torsion de la roche par la force centrifuge. Comme l’atmosphère est quasiment coupée en deux par l’énorme chaîne montagneuse du supercontinent central, l’air ne peut pas aller et venir d’une face à l’autre par toutes les directions, ce qui entraîne des écarts de température beaucoup plus importants !

terreconvectionrelle
Modèle révisé de la circulation de l’air, également fait sur Paint en 10 min.

Même près des côtes, le thermomètre grimpera bien au-dessus de 50°C le jour, pour chuter en-dessous des -60°C la nuit.
Quant à l’équateur, les écarts seront dignes de la surface lunaire : 120°C le jour et -140°C la nuit. Dans l’année, on verra l’eau bouillir par l’effet conjugué de la chaleur écrasante et de la faible pression (rien qu’en haut de l’Everest, elle bout à 72°C) puis le CO2 tomber en neige sur les sommets des montagnes (il devient solide à -78,5°C).

Du coup, on aura un paysage alternant entre « Le jour d’après » et « Mad Max : Fury Road« . Ça va être dur de s’adapter…

 

Météo, faune et flore sur les côtes :

On l’a vu juste au-dessus, la météo sur la côte sera surtout composée de pluies torrentielles provoquées par les masses d’air chaudes et humides s’élevant pour tenter de passer la chaîne de montagnes équatoriale et se condensant en nuages de pluie. Chaleur intense + pluies abondantes = climat tropical.
La nuit, en revanche, je ne sais pas ce qu’il va se passer. Logiquement, on devrait avoir l’effet inverse, avec l’air chaud devenant froid et redescendant les pentes des montagnes de l’autre côté du globe. Mais il devrait avoir perdu toute son humidité depuis longtemps… Du coup, on aurait une brise de terre, à mon avis. Et même si c’est un vent doux, ça ne va pas peser lourd face aux températures polaires qui règnent dans l’obscurité de la nuit.

brise
A = brise de mer  ;  B = brise de terre

La faune terrestre est désormais composée essentiellement d’insectes et d’araignées se réfugiant la nuit dans des terriers, de vers et quelques autres petites bestioles du même genre. Tous les autres vertébrés ont disparu, incapables de s’adapter à un changement aussi radical de la planète, sauf quelques rares animaux domestiqués par l’homme (chiens, chèvres, poules…). Dans les océans, les poissons ont la belle vie : libérés de la pêche industrielle, de la pollution des eaux (même si certains trucs submergés risquent de ne pas être très « eco-friendly », comme les centrales nucléaires, les décharges, l’amiante, les eaux usées, les raffineries de pétrole et autres saloperies) et bénéficiant de nouvelles et immenses sources de nourriture provenant des terres immergées. Même si l’océan boréal et l’océan austral sont désormais coupés l’un de l’autre définitivement, gênant les migrations, les animaux marins peuvent toujours migrer vers l’est ou l’ouest sans être gêné par les anciens continents.

La flore terrestre n’est plus représentée que par quelques espèces particulièrement résistantes : les conifères géants (séquoïas), mousses et, surtout, les lichens. Même s’ils ont du mal à survivre aux hivers continentaux sévères (comme en Pologne, en Finlande, en Suède ou en Russie), certains des plus résistants des séquoïas pourront peut-être survivre au froid intense de la nuit, étant donné que le spécimen le plus septentrional est situé à Leikanger (sud de la Norvège), à 61,11 ° de latitude nord (au même niveau que le Canada), et un arbre proche de la ville de Szezecin (ouest de la Pologne) a réussi à s’adapter.
La stratégie des mousses consiste à se déshydrater puis à « ressusciter » lorsque les conditions sont plus favorables.
Les lichens, combinant champignon avec algues et/ou bactéries, profitent de cette symbiose très efficace et de leur quasi-increvabilité (résistent à la dessiccation, aux températures très basses et très élevées (de -70 à +70 °C), aux rayons UV intenses et aux rayonnements ionisants) pour pousser absolument partout.
D’ailleurs, certaines mousses sont des organismes pionniers qui, avec les algues, les lichens et des bactéries, contribuent à fixer, protéger ou créer les sols. Elles sont à ce titre très importantes dans plusieurs processus de résilience écologique, notamment après les incendies ou sécheresses graves.
Quant au reste des arbres et des plantes à fleurs un peu évoluées, ils ne gagnent qu’un aller simple pour le Valhalla grâce à la combinaison gagnante ultra-chaud + ultra-froid + 6 mois de pénombre.

Si vous vous demandez « pourquoi on ne s’intéresse qu’aux côtes ? », c’est simplement parce qu’à l’intérieur des terres, ce n’est qu’un désert énorme et sec (comme dirait Tibo InShape), sans suffisamment d’oxygène et de pression atmosphérique, aux écarts de températures de fou furieux oscillant entre la cuisson à point et la congélation totale, et où rien de vivant ne pourra subsister bien longtemps. Les hauts plateaux africains et américains, ainsi que les crêtes des montagnes sous-marines culminent à plus de . Ce no man’s land restera probablement inoccupé pendant des dizaines de millions d’années, le temps que Mère Nature trouve le moyen d’adapter des bestioles à ces conditions de vie dignes de l’Enfer.

 

La survie des humains :

Contrairement à ce qu’on a vu dans la partie I), la stratégie la plus efficace à adopter dans un tel monde ne serait pas vraiment de rester au même endroit toute l’année, à se peler les fesses 6 mois puis à crever de chaud 6 mois sous une douche permanente. Certes, on aurait accès à des installations solides, mais ce serait juste invivable.
La marche à pied est également à oublier : les limites nord et sud du super-continent sont aux alentours des 35èmes parallèles sud et nord, qui mesurent 32 864 km. La limite jour/nuit se déplace donc à 32 864 km / 365 j = 90 km/j. Or, se taper 90 km/j à pied, c’est chaud (surtout en se trimballant tout le matos nécessaire). Même les légionnaires romains, qui étaient des champions du crapahutage, ne marchaient que 25 km/j, voire jusqu’à 60 km/j à marche forcée. Et en plus, les gens ne vont pas forcément longer la plage en permanence : s’ils se rapprochent de l’Equateur, la distance augmente (34 735 au 30° N (ou S), 36 342 km au 25° N, etc). Et même en longeant la plage en permanence, il y a une zone dans l’ancien Océan Atlantique où il devront remonter jusqu’à 15° S (38 718 km de long) pour continuer leur chemin (ce qui fait 106 bornes/j à ce niveau).

Du coup, il va falloir se déplacer dans des véhicules. De longs convois de voitures et de camions, transportant bétail, matériel, etc. nécessaire à leur survie devront rouler éternellement vers l’est pour fuir le jour brûlant ou la nuit glaciale, ne restant au même endroit qu’au maximum 15 jours, le temps de faire brouter le bétail, couper du bois de réparation/chauffage, et fabriquer/réparer les équipements.

mad-max-fury-road-desert-chase
« Witneeeeess ! »

 

4 groupes nomades vivront ainsi (2 sur la côte nord et 2 sur la côte sud)  :
– les rouleurs de l’aube fuient le jour. Ils arrivent l’équivalent de 2 semaines après le lever du soleil (-6°C). Après 1 semaine, il fait déjà 11°C. Ils doivent repartir ensuite au maximum après 2 semaines, car la température atteint 36°C.
– les rouleurs du crépuscule fuient la nuit. Ils arrivent l’équivalent de 2 semaines après le coucher du soleil (36°C). Après 1 semaine, il ne fait plus que 27°C. Ils doivent repartir ensuite au maximum après 2 semaines, car la température atteint -12°C.

Ces groupes doivent être totalement autonomes, car il sont séparés d’est en ouest par 17 500 km de jour brûlant/nuit glaciale, et du nord au sud par 5000 km de désert sans eau ni air aux températures extrêmes.

Certains pourront choisir de rester à un endroit, afin de miner pendant 6 mois ou 1 an, le temps que l’autre groupe ou eux-mêmes reviennent. Sous terre, ils pourront extraire du métal, très utile pour leur caravane.

Il est aussi possible que des survivants vivent dans des bunkers sous terre, aménagés avant ou pendant les 5 ans de ralentissement de la Terre. Cultivant des fruits et légumes dans de petites fermes hydroponiques (hors-sol) en plus de conserves, recyclant leur eau et leur air, produisant de l’électricité avec des panneaux solaires et éoliennes en surface, ayant stocké des médicaments et autres équipements utiles, ils pourraient tenir pendant des années. Cependant, lorsqu’ils seront en rupture de stock, ça va sentir le sapin…

On oublie aussi un élément : les océans ne sont pas interdits à la colonisation. Des colonies sur des îlots artificiels à la Waterworld (ou comme des cités flottantes genre Lilypad) pourraient peut-être profiter de la manne sans limite qu’offrent plus d’un demi-milliard de km3 d’eau de mer bourrés de poissons pour chacun des 2 océans principaux.
En plus, vu qu’ils sont plus au nord/sud que les survivants sur la côte, ils auront moins de chemin à faire chaque jour pour fuir le jour/la nuit (par ex, le 50e parallèle nord, au niveau de la France, a une longueur de 25 810 km, ce qui ne ferait que 70,7 km/j à faire, alors que les navires de commerce vont en général à 10-15 noeuds (18-27 km/h)). Mais j’ai quand même pitié d’eux en imaginant les tempêtes de l’apocalypse qu’ils vont se bouffer dans les chicots à certains moments.

 

Bref, même si on arrive à survivre dans ce monde dévasté, on sera très peu nombreux, ça sera loin d’être marrant, et à la moindre erreur, c’est l’humanité qui se rapprochera d’un pas de plus vers sa disparation totale.

 

 

 

Voilà, j’espère que cet article vous aura plu ! Il est tiré en grande partie du reportage « Scénarios catastrophes : et si la Terre cessait de tourner », ainsi que du dossier du Science et Vie Junior n°317 « Et si… la Terre cessait de tourner ? », mais je l’ai amélioré, complété et adapté à ma sauce ! 🙂

Si ça vous a plu, laissez un petit pouce vert, un petit commentaire, et surtout, partager cet article avec vos amis ! ^^

Allez, tschaw ! o/

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s